La réponse à la crise de gouvernance de la zone euro ne peut être un recul de la démocratie
Lors de la rencontre de presse de début d'année, la plupart des Eurodéputés belges présents se sont montrés inquiets face aux possibles dérives intergouvernementales dans le mode de décision européen. Ils plaident pour un réel contrôle démocratique des décisions européennes annoncées en matière de surveillance budgétaire et de contrôle des déficits excessifs.
Un manque de légitimité démocratique ?
Ouvrant le débat avec la dizaine de journalistes présents, Louis MICHEL (ALDE) a insisté sur l'importance de la méthode communautaire insistant sur son caractère plus démocratique que le " tango entre deux Etats membres" donnant l'impression que les décisions ne dépendent que d'eux. Philippe LAMBERTS (Verts) s'est à sa suite inquiété du peu de réaction des autres Membres du Conseil Européen face aux propositions franco-allemandes et du manque de légitimité démocratique des décisions de sanctions, de contrôles, portées par le Commissaire Rehn.
Tous les présents s'accordent sur l'importance de la participation du PE aux négociations sur le projet d'accord intergouvernemental pour la gouvernance économique de la zone euro qu'ils souhaitent le plus restreint possible. La proposition avancée par Marianne THYSSEN (PPE) comme ligne du PPE de tâcher d'intégrer un maximum des modifications souhaitées en matière de surveillance budgétaire et de contrôle des déficits excessifs dans les deux règlements débattus actuellement en commission ECON semble recueillir un large soutien. Cela permettrait une réelle implication du PE et une véritable légitimité démocratique des décisions parfois difficiles à prendre concernant la situation d'un Etat membre.
En effet, Kathleen VAN BREMPT (S&D) a souligné combien les décisions de la Commission sur les finances publiques des Etats membres sont "politiques et non technocratiques". Les solutions prônées par le Commissaire Rehn reflètent, selon elle, bien un choix idéologique et " devraient être débattues avec des responsables élus avant d'être imposées aux Etats membres". Philippe DE BACKER (ALDE) nuance ces propos indiquant que tant le six-pack que les mesures encadrant le semestre européen sont bien issues de débats démocratiques menés avec le Parlement européen. Marianne THYSSEN (PPE) précise encore que la Commission européenne reste dans son rôle lorsqu'elle s'exprime comme en ce début janvier, de manière critique, sur le projet de budget fédéral belge. Nombreuses sont néanmoins les critiques face aux "grandes manœuvres de certains Etats membres, visant le plus souvent un public national" au détriment d'une approche constructive au niveau européen.
L'austérité n'est pas un objectif en soi
Bart STAES (Verts) et Said EL KHADRAOUI (S&D) sont préoccupés du manque de réponses aux préoccupations quotidiennes des citoyens européens. " L'Union doit certes être une Union solide mais aussi solidaire" souligne Bart STAES qui appelle, soutenu par la plupart des députés présents, à la création d'obligations européennes, d'une taxe sur les transactions financières. Toutefois, "cette création doit s'accompagner de réels projets porteurs de croissance, d'investissements en matière énergétique et non permettre un confort budgétaire stérile pour l'avenir de l'UE" rappelle Louis MICHEL (ALDE). "L'austérité ne peut être un objectif en soi, les gouvernements doivent aussi avoir la possibilité d'investir pour garder des économies compétitives face au reste du monde" indiquent Said EL KHADRAOUI (S&D) et Kathleen VAN BREMPT (S&D).
Un Parlement pleinement engagé
Critique par rapport à une Commission jugée trop en retrait, Marc TARABELLA (S&D) espère voir un jour le PE capable de présenter une candidature alternative pour la tête de l'exécutif européen. Pour Isabelle DURANT (Verts), c'est au sein même du Parlement européen que les décisions sont difficiles à prendre et que l'on hésite à fâcher les Etats membres. Les députés devraient pleinement user de leurs pouvoirs tant législatifs que de contrôle de l'exécutif comme lorsque le PE a âprement débattu et obtenu du Conseil l'interdiction des ventes à découvert en décembre dernier souligne encore Philippe LAMBERTS (Verts).














